17.01.2009
Droit dans le mur
" Nous y sommes "
par Fred Vargas
Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité,
nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal.
- Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.
Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure,- nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air,
- nous avons conduit trois voitures,
- nous avons vidé les mines,
· nous avons mangé des fraises du bout du monde,
· nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits,
· nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche,
· nous avons grossi,
· nous avons mouillé le désert, y planter des golfs (vallée de la mort )
· , acidifié la pluie,
· créé des clones,
franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre,
Déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s'est marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés
jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié :
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Ca me rappelle qqchose (dans la bible la fausse mère préfère qu’on coupe « son fils en 2 »« serions-nous aussi es faux-fils de la terre ?gg )
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux.
D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais : Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer. Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d'échappatoire, allons-y. Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
Fred Vargas
Archéologue et écrivain
Bonne année à tous : dans le respect, la simplicité, l'amitié, la sincérité et la solidarité.....
Et sans fraises du bout du monde en Février!!!!
13:11 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fred vargas, developpement durable
25.09.2008
Coup de gueule de Patrick ...
Pour ma part la rentrée s'est disons .... passée, bien? Je n'en sais trop rien, je n'ai toujours pas trouvé le moyen d'adoucir la séparation
de la maman ou du papa pour les petits de 2 ans qui continuent à l'heure actuelle de pleurnichouiller quand les parents s'en vont.
J'ai interpellé le ministère de l'éducation à 5 reprises depuis la fin d'année et pendant les vacances puis une tite louche à la rentrée pour savoir
sur quels textes officiels je devais appuyer ma pratique pédagogique pour accueillir les enfants de deux ans?
J'ai tout compris en écoutant notre cher ministre de l'Education Nationale: en fait les enfants de deux ans n'existent pas, ni dans les textes
ni dans ses pensées.
La question n'est pas trop de savoir (encore que...) si les enfants de 2ans doivent venir à l'école mais bien plutôt de savoir que quand ils viennent quelle est leur place dans la tête de nos chercheurs pensants de l'Education.
A priori je ne suis bon qu'à changer des couches et faire faire des siestes, petit plus pour nos chères têtes blondes
je leur raconte aussi des histoires
Des histoires de ministre qui ont oublié qu'ils ont été petit et qu'ils ont eu 2 ans !
J'imagine que quand on gagne 6 ou 7 fois le salaire moyen d'un instit on doit sans doute être au dessus de ces questions bassement partisanes.
Vous l'avez compris je suis en colère, un peu découragé avec un grosse envie de tout plaquer.
J'en arrive à regretter le temps où j'étais infirmier psy, tant qu'à travailler dans un monde de fous autant y être entouré.
Bon courage à tous, que la force du ying vous yang!
A vos souhaits!
Patrick Saulnier alias Marchand de sel
11:27 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.06.2008
Coup de gueule de Philippe
Vous avez été je pense nombreux à recevoir comme moi ce message de rébellion contre les grands pétroliers; courriel qui nous invite à les boycotter en vous fournissant exclusivement dans les stations des grandes surfaces afin de faire baisser les prix des carburants. Et puis…si vous pensez que cette action peut aboutir, il faut transmettre ce message à un maximum de vos contacts.
J'ai déjà reçu ce message 2 fois ces 15 derniers jours. C’est la preuve d’un intérêt certain chez les internautes. Je n’ai par contre pas fait suivre ce courriel car je pense qu’il n’aura pas l’effet escompté.
Bon allez ! On va tous faire son plein dans les stations des grandes surfaces. Ces GS se fournissent dans les raffineries qui appartiennent à …aux grands pétroliers que l’on souhaite boycotter. Les multinationales feront peut-être même un bon coup, puisqu’elles livreront de grandes quantités de carburant sur un nombre de sites plus limités.
Et pour les GS…même si les prix des carburants sont raisonnables, quelle aubaine, des millions d’€ supplémentaires à brasser, à faire fructifier. On pourrait même imaginer une entente avec les pétroliers pour que chacun s’en tire à bon compte (pardon…vous, vous n’êtes pas dans le lot)
Et si cela n’était qu’une grande escroquerie, une manipulation…
Au passage (ou comment s’assurer qu’il y aura des consommateurs), pour certains, vous avez un véhicule de société avec une carte d’essence. C’est moins de pression. Vous êtes un peu moins concernés par les fluctuations journalières (pardon…hausses) du carburant. Le véhicule d’entreprise c’est un truc à la mode. C’est devenu un élément du salaire car quoi de mieux…c’est imposable. Le carburant augmente, l’entreprise devra augmenter votre avantage en nature (sans négociation puisque vous avez déjà le véhicule), vos impôts augmenteront et vous serez toujours un bon client pour les stations service car vous voudrez profiter au maximum de cet avantage qui vous coûte cher (la boucle n’est pas bouclée, elle a fait plusieurs fois le tour).
Le prix élevé de l’essence est lié à la spéculation. Plus on veut, plus c’est cher et Dieu sait que notre consommation a augmenté (remarquez que je n’ai pas dit « besoin »)
On en est dépendant, c’est imparable et le mieux qu’on puisse faire, c’est de limiter nos consommations et de le faire savoir.
Sortez moins avec votre voiture, faites du co-voiturage, nettoyez votre filtre à air, roulez en souplesse, achetez des produits locaux et de saison (pour pas faire rouler les autres), tondez la pelouse moins souvent… et puis pourquoi ne pas adhérer à une (ou plusieurs) journée déterminée sans passage par la station et sans rouler. Pas une autre « journée sans voiture » pendant un week-end mais une journée sans carburant, sans taxe, en pleine semaine. Certes on reporte son plein à plus tard mais on gagne 1 journée de consommation multipliée par autant de participants.
Si cette idée vous paraît intéressante, faites circuler le message et voyons à quelle vitesse il nous revient.
Bonne journée
21:25 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19.03.2008
" La récré est terminée" par Mickael Marquant
'Tout fout le camp, il ne savent plus rien...'
...Il est difficile, lorsque l'on n'appartient pas à un système, de pouvoir percevoir, de prendre toute la mesure de ce qui est en train de prendre forme sous nos yeux. Il faut une certaine curiosité intellectuelle, une volonté de résister aux discours relayés avec force par les médias, de ne pas s'abandonner à la pensée généralement admise, le consensus de comptoir de café du commerce et au désir nostalgique si vif qui nous propose l'ancien temps comme une ére où tout allait si bien que l'on peut se demander pourquoi il y eut tant de changements si néfastes.
Evidemment, lorsque la conviction assénée avec force mêlée à des airs des relents passéistes vient vous surprendre, fatigués que nous sommes, on a tendance à acquiesser de la tête sans gratter un peu le vernis et voir plus en détail ce que l'on nous propose...
Je ne ferai pas un disours de spécialiste en vous abreuvant de points sur la pédagogie et la didactique, je ne tiens pas à démontrer, à prouver mais je tiens juste à relayer quelques informations qui, je l'espère, vous permettront de vous faire votre propre opinion sans tomber dans la terrible pensés unique.
Si je prends le temps d'écrire ce mail disons 'politique' il s'agit pour moi de parler de quelquechose qui, comme certains ont pu s'en rendre compte, me tient à coeur: je veux parler de l'école, de notre école, celle dont nous sommes tous issus, celles par laquelle nos enfants passeront, celles qui est le fondement de notre société et qui fait d'elle ce qu'elle, qui forge les gens que je cotoie tous les jours...
Très récemment, des nouveaux programmes viennent d'être édités pour l'école primaire. Pour mémoire il s'agit de la mouture qui fait suite à celle de 2007, 2005 et 2002... Déjà, votre pensée se met en branle: quelle crédibilité accorder à des gens qui changent de façon de travailler 4 fois en 6 ans? La pensée alimentée par le discours ambiant qui veut que le niveau baisse régulièrement' s'echauffe'... C'est alors que vous regardez le journal télévisé et vous entendez l'allocution du ministre responsable qui indique :'les programmes étaient incompréhensibles, même pour les enseignants! Il est temps de revenir aux fondamentaux que sont les mathématiques et le français. Nous allons faire des programmes courts et recentrés sur ces disciplines!'
On applaudit et on est rassurés: l'école va à nouveau assurer ce qu'on lui demande! Fini la fabrique de crétins, le pédagogolgisme à deux sous qui a fait tant de mal! La pensée alimentée par de superbes émissions comme le pensionnat de Chavagnes est en joie :'moi j'ai fait des dictées, j'en suis pas mort!'
Inutile de lire les programmes qui viennent de sortir nous voici convaincus...
Et pourtant, si on osait, on pourrait se demander si le fait que le ministre siffle la fin de la récré, en termine avec 30 ans de recherches en didactique pour revenir à des programmes tels qu'ils étaient en 1950 est une bonne chose...
Las... Un ancien ministre nommé Gilles de Robien a expliqué en 2005 que les instituteurs employaient la methode globale et qu'il allait y mettre bon ordre. Grand bruit médiatique, fureur des parents que ce même ministre qui venait des transports incitaient à aller dans les classes pour dénoncer les mauvais enseignants auprès des inspections afin qu'ils soient sanctionnés pour une methode qui n'est de fait pas utilisée ou à de très rares exceptions...
De l'ordre avait commencé à être mis dans la boutique il ne fallait pas s'arrêter là! L'enquête PISA qui classe la performances des écoles continue d'auréoler la Finlande et d'enfoncer l'école de la république, il faut donc remettre le train sur la bonne voie!
Prenons quelques exemples :
apprentissage (et non construction) de la tecnhique de la division en CE1 (7ans) (enseignée en Finlande en 6ème)
Distinction des sons proches (ex:'gue'/'ke') et inversion des composants de la langue en grande section (5 ans) (apprentissage de la lecture à partir de 7 ans en Finlande)
Apprentissage du passé antérieur en CM2, ce temps que nous employons couramment
| j' | eus | marché |
| tu | eus | marché |
| il | eut | marché |
| nous | eûmes | marché |
| vous | eûtes | marché |
| ils | eurent | marché |
Histoire '1989 la chute du mur de Berlin' sans avoir vu précédemment le communisme et la guerre froide
Mémorisation des tables d'addition en CP, tables que nous avons tous apprises un jour bien sur et dont l'utilité n'est plus à démontrer...
Petite section (2 ans) 'vivre ensemble' devient 'devenir élève', bbbbrrrrr...
Utilisation de l'equerre et reproduction de carrés et rectangles en CP (6 ans)
Arrêtons là, la liste serait longue mais n'oublions pas de terminer par les cours de morale (dixit le texte) enseignés dès 8 ans au cours desquels le maitre notre une maxime au tableau ('la liberté de l'un s'arête où commence celle d'autrui') et l'explique. Idée géniale pour résoudre les problèmes de violence et le mal vivre, combattre le lavage de cerveau de la téléréalité et la société bling bling...
Vous voici rassurés! L'école est repartie du bon pied, puisant dans notre passé parce que 'quand même c'était mieux avant' pour se projetter avec toute la modernité nécessaire vers un avenir qui s'annonce radieux dans une société enfin réconciliée!
Pour en terminer je vous dirai que les mots 'mémoriser, apprendre, appliquer' se retrouvent à l'envie, mais les mots 'comprendre, construire,...' ont disparu. Je pensais à tort que pour maitriser un savoir il fallait en saisir le sens. Abruti que j'étais! 'Copies, tu comprendras plus tard!' Je serai ma foi bien fatigué en fin de semaine...
Je vous remercie de m'avoir lu si longuement. J'ai voulu ne pas rentrer dans les détails mais si vous souhaitez vous forger une opinion je tiens à disposition des articles de l'ENSEMBLE des spécialistes en mathématiques, français, didactique, pédagogie qui UNANIMEMENT s'accordent à dire que l'école va bel et bien droit dans le mur...
Notre président il y a peu, dans la série des concepts jetables balancés au cours de discours dont les effets d'annonce s'empilent, avait parlé de 'politique de civilisation'. Voici la société qui se profile...
Mais une classe assiégée résiste encore et toujours à l'envahisseur
Mike
16:29 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
